Tout était dans le titre. En effet, la « mine est dans la ville ». Les exposés présentés lors de cette deuxième séance des « Débats du CMPP » par les différents représentants de filières industriels au Maroc ont tous signalé des possibilités de développement importantes de la récupération des déchets propres à leurs filières : papiers et cartons, métaux, déchets électroniques et autres matériaux. M. Saïd Mouline, Président du Centre Marocain de Production Propre a rappelé aux acteurs présents la nécessité de saisir les opportunités liées aux évolutions technologiques pour une meilleure exploitation des déchets ainsi que de mieux en prendre en considération la rareté des réserves de métaux avec seulement un tiers des métaux répertoriés par les Nations-Unies recyclés à plus de 50% et 14 métaux, dits rares, qui ne le sont qu’à 1%. Les exposés, modérés par Professeur Tijani Bounahmidi, Membre du Collège « Ingénierie, innovation et transfert technologique » à l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques, ont été riches en enseignement.
M. Mohamed Horani, Président de la CGEM a exposé le volet environnement de la vision 2020 mise en avant par son organisation. Il a d’abord souligné l’impératif d’une croissance forte et durable qui passerait notamment par la mobilisation des gisements disponibles de croissance verte. Monsieur Horani a ensuite rappelé que le développement durable est une constante dans tous les volets des stratégies sectorielles même si celles-ci ont été concertées séparément entre les différentes fédérations professionnelles et leurs ministères de tutelle. Avant de conclure sur un appel des pouvoirs publics à la mise en place d’un crédit-impôt recherche afin de soutenir les efforts de mise à niveau des industriels marocains, il a appelé les acteurs économiques à la vigilance face à deux points importants : Comment satisfaire les besoins croissants d’énergie ? dans quelles conditions ?
M. Brahim Zyani, Directeur de la Réglementation et du Contrôle au Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau et de l’Environnement a apporté un certain nombre d’éclairages sur le cadre réglementaire et législatif en matière de gestion des déchets au Maroc. Celui-ci date de 2006, la loi 28-00 ayant connu une longue gestation. Ce cadre réglementaire a résulté de considérations environnementales (détérioration des milieux de vie et des écosystèmes), de considérations économiques (la croissance continue de génération de déchets) et de considérations juridiques (remédier au vide législatif). La mise en place de la loi 28-00 avait 6 objectifs principaux : prévenir la prolifération des déchets, organiser la filière de gestion des déchets, rendre possible une gestion prévisionnelle des flux de déchets, organiser la sensibilisation et l’implication des acteurs économiques, et la mise en place d’un système de contrôle et de répression des acteurs défaillants. Au final, elle aura permis d’éclairer sur les rôles et les responsabilités des différents acteurs de la filière : industriels, autres acteurs économiques, autorités locales, régionales et centrales. Par ailleurs, la mise en place d’un Plan National de Gestion des Déchets Dangereux a permis de mettre e place des contraintes spécifiques de nature juridiques et procédurales. Ainsi, selon M. Zyani, la gestion des déchets est désormais clairement planifiée à l’échelle des différentes autorités en fonction de leur nature
M. Mounir El Bari, Président de la Fédération des Industries Forestières, des Arts Graphiques et de l’Emballage, a d’abors souligné l’importance du recyclage dans la filière papetière, en éclairant l’assistance sur le processus industriel, de la collecte, au recyclage en passant par le tri, le papier est une matière qui peut être recyclé 18 fois. Il a, de même, rappelé le triple impact de l’activité du recyclage : un impact social (par la réinsertion de personnes défavorisées), environnemental (fabriquer du papier recyclé consomme un tiers des ressources utilisées dans le papier vierge) et économique ( par l’activité permise à l’ensemble des acteurs de la filière). Le potentiel de développement réalisé ne correspond qu’au tiers du potentiel possible (140 000 tonnes sur 450 000 tonnes) notamment du fait de l’absence de tri en amont, et de certains obstacles au ramassage au niveau local. De même, les quantités de vieux papier ramassés actuellement ne satisfont pas entièrement les capacités de recyclage, à savoir 140 000 tonnes sur 170 000 tonnes, le solde étant importé (sic !). La croissance de la consommation de papier du fait du développement économique situe le potentiel, à terme, aux environs de 650 000 tonnes de papier, mais qui ne peut être réalisé que si les dysfonctionnements liés à l’instabilité de l’approvisionnement, ceux de la chaîne logistique et à la mise à niveau du tissu industriel du secteur.
De son côté, Adnane Lamdaouar, membre du bureau de la Fédération des industries mécaniques, métallurgiques et électriques, dans son exposé relatif aux déchets métalliques, a expliqué que les opérateurs du secteur ont procédé à l’acquisition des savoir-faires nécessaires tant à la diversification des métaux recyclés qu’à l’intégration par les professionnels marocains de plus en plus de technologies leur permettant de gagner en autonomie : la collecte, le tri, lee conditionnement, la fonderie, le coulage, le laminage et le façonnage. La lutte a été dure contre les réseaux de contrebande de ferraille et de fraude à la TVA. Elle est possible du fait de la structuration législative du fait de la pression des acteurs industriels. Sur la base des chiffres de l’Office des Changes pour 2010, les professionnels de la FIMME évaluent le manque à gagner à environ 800 millions de dhs, du fait du déficit de valeur ajoutée créée par les déchets métalliques exportés alors qu’ils peuvent être recyclés. Promouvoir le recyclage c’est aussi favoriser la compétitivité des industries mécaniques, métallurgiques et électriques nationales en raison des économies qu’elle permet, augmenter le savoir-faire des industriels locaux, augmenter la disponibilité de la ressource au niveau local, et favoriser la création de la valeur ajoutée. Néanmoins, les acteurs de la filière font face au marché informel, la pression des acheteurs du sud-est asiatique et de celle des exportateurs de ferraille, et d’un certain vide juridique.
Madame Hanane Hanzaz, au nom de Managem a rappelé l’engagement pionnier au Maroc de cette société en termes de développement, à travers la mise en place d’une stratégie dédiée dès 2002 qui a abouti à la labellisation RSE par la CGEM, la certification ISO 14001 du site de Guemassa. L’esprit de cette démarche consistant en la mise en place de processus de reconversion des sites miniers, la contribution à la scolarisation des enfants des environs ainsi que l’adduction de l’eau potable. Dès 2009, un accord a été mis en place avec l’association Al Jisr pour la mise en place d’un atelier de reconditionnement de matériel informatique par des jeunes en réinsertion. De même, Managem a fortement contribué à la tenue d’un séminaire international sur les déchets électroniques, tenu en novembre 2010 à Marrakech.
Monsieur Sébastien Raoux, expert international membre du GIEC (Groupe International d’Etude du Climat) et co-lauréat du Prix Nobel de 2007, président dondateur de Transcarbon International est intervenu l’intégration de l’ingénierie finance carbone dans les modèles économiques des processus de recyclage. Il a introduit une donnée très importante, à savoir que doubler l’effort actuel de recyclage au niveau mondial des 7 millions de tonnes de déchets produits par jour permet d’éviter l’émission de 2 milliards de tonnes de CO2 par an, en mode finance carbone, cela signifierait l’injection dans l’économie mondiale de 25-35 milliards de dollars par an. Dans le cadre des accords de Kyoto, les experts internationaux ont établi 16 méthodologies différentes permettant de récupérer des crédits carbone des traitements de déchets. A fin 2010, plus de 1800 projets MDP (Mécanisme de Développement Propre) ont été conçus permettant d’éviter l’émission de 130 millions de tonnes de CO2. Ceux-ci sont focalisés sur le volet « traitement des déchets » ignorant le potentiel des activités de recyclage. Pourtant, recycler, respectivement, une tonne d’aluminium, de papier, de plastique, et de déchets ménagers, permettrait d’éviter, respectivement, l’émission de 15, 3,2, 1,7, 2,6 tonnes de déchets. Intégrer l’ingénierie finance carbone dans la structuration des projets industriel de recyclage permettrait d’élever le potentiel de recyclage actuel des déchets au niveau mondial de 30-40% à plus de 60%.

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