Le tissu urbain au Maroc se développe fortement avec des pôles urbains qui nécessitent une adéquation des différentes infrastructures permettant connaît des mutations démographiques qui obligent à repenser l’espace urbain et l’infrastructure nécessaire au déroulement de l’activité humaine. Il faut non seulement assurer l’accès des populations à l’eau, l’électricité et l’assainissement mais planifier la gestion des déchets. Il s’agit d’un sujet polémique tant sur ce que les citoyens voient (irrégularité du ramassage par exemple) que ce sur ce qu’ils ignorent à savoir toutes les difficultés en amont en termes de logistique et organisation de ces opérations.
« Trouver un terrain viable pour ce type de projet est en soi très difficile en raison des réticences, complètement normales, des élus et des responsables des communes pressenties pour l’accueillir » , auxquelles s’ajoutent tous les préalables légaux et techniques , « de même que la prise en compte des évolutions urbaines sur la durée d’exploitation d’environ trente ans, sans oublier celles de la période d’études, jamais inférieure à cinq ans », Christine Léger, directrice de Phénixa, bureau d’études environnementales avec de nombreuses références dans plusieurs secteurs dont les déchets.
Les contraintes liées à ces espaces de plusieurs dizaines d’hectares éligibles à cette activité obligent à aller les chercher loin ce qui pose à son tour des problèmes de logistique. Ceux-ci obligent à prendre en compte de nouvelles considérations en termes d’organisation de la collecte et de traitement. Il faut alors juger « la nécessité ou pas d’installer un ou plusieurs centres de transfert », qui vont permettre d’acheminer dans les meilleurs conditions les déchets collectés vers les centres d’enfouissement techniques. La possibilité existe « d’envisager deux ou trois décharges de taille moyenne plutôt qu’une seule grande décharge » qui devient vite difficile à gérer, rappelle Mme Léger. Ces terrains moyens sont, de plus, toujours plus faciles à trouver du fait de la nécessité que les décharges soient à la fois proches des habitations, des zones d’activités et facilement accessibles.
La mise en place des centres de transfert est déjà en cours pour la décharge contrôlée de Oum Azza , de 100 hectares, à Rabat et qui est gérée par SEGEDEMA, filiale au Maroc du groupe Pizzorno. Celui-ci a été créé il y a 30 ans et est présent en France, au Maroc, en Tunisie et en Mauritanie. Le Groupe Pizzorno s’est implanté au Maroc en 1996 sur deux métiers que sont la propreté urbaine, la collecte des déchets ménagers et le Traitement, valorisation des déchets. Son volume d’activité y est équivalent à celui réalisé en France et représente 15% de son Chiffre d’Affaires. « Nous sommes en 2011, le premier prestataire marocain en gestion de décharges contrôlées avec 1 millions de tonnes traitées et second prestataire marocain en propreté urbaine, collecte des déchets avec 3 millions d’habitants desservis et 600 000 Tonnes collectés/an ». Le prix facturé aux communes marocaines « est environ huit fois inférieure à celui facturé en France alors même que les charges d’exploitation sont comparativement plus élevées et les prestations pratiquement équivalentes » explique M. Prenant.
L’équilibre économique de cette activité au Maroc est difficile à trouver. Le Groupe est présent dans tout le Royaume au travers une quinzaine de communes. Ces partenariats reflètent la même vision entre les deux parties à savoir une volonté de changer les mentalités en terme environnemental. Les contrats sont d’une durée généralement de 7 ans (pour les métiers de propreté urbaine) jusqu’à 20 ans (pour les métiers de traitement, valorisation) permet de mettre en place cette nouvelle politique environnementale.
Le groupe est conscient des efforts des communes partenaires malgré les retards de paiement subis. Dès lors, un effort particulier a été réalisé pour modifier les paramètres de cette équation économique à travers la valorisation de certains déchets collectés. Ceci représente une alternative au tri sélectif, « non viable économiquement au Maroc, même à moyen-terme, car trois fois plus coûteux »
En ce qui concerne les centres d’enfouissement technique, « nous sommes les plus avancés au Maroc, notamment à Oum Azza, dans les solutions globales au traitement des déchets. Dès leur entrée dans la décharge, les déchets sont orientés vers un centre de tri mécanisé (le seul au Maroc), la partie organique est sortie (afin de faire du compost), les matières valorisables sont récupérées, les déchets ultimes vont être réorientés en combustible de substitution pour les cimenteries », rappelle M. Prenant. L’amélioration de la qualité de vie des citoyens passe aussi par traiter l’ensemble des jus d’ordures. Aucuns jus ne rentrent dans les nappes phréatiques, ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de décharges du Royaume. Monsieur Prenant souligne que « chaque année, 150 000 m3 de lixiviats infiltrent les nappes phréatiques voisines de la décharge de Mediouna ».
Le projet mené à Oum Azza est exemplaire à plus d’un titre. Il a permis l’ntégration des récupérateurs informels de la décharge d’Akreuch visant à l’amélioration des conditions de travail et de vie des récupérateurs informels de la décharge de Rabat, sur laquelle travaillent environ 150 trieurs/récupérateurs et leur famille, et quelques grossistes. Ce projet « est très intéressant car nous y avons mis en place des mécanismes relationnels. Nous leur avons mis à disposition une infrastructure moderne qu’ils exploitent et auxquels nous rachetons les matières collectées ».
Ce centre de tri permet de séparer les déchets organiques des déchets solides avec un tri matière dont « nous valorisons environ 5 à 7% de la quantité : bouteilles, pneus, plastiques divers… ». Un projet est en cours avec un cimentier local afin d’améliorer les qualités techniques de combustion des déchets ultimes et augmenter leur taux de PCI pour les utiliser. Il s’agit de méthaniser la matière organique pour récupérer le méthane et générer du compost.
Ce projet d’Oum Azza est mené en partenariat avec la Banque Mondiale et le Fonds d’Equipement Communal et constitue le projet-pilote dans le cadre du MDP dans la filière « déchets ». »En juillet 2010, une demande d’instruction de dossier a été introduite auprès de l’UNFCC pour laquelle une réponse est attendue très prochainement ». Grâce à ce projet, le modèle économique des décharges contrôlées au Maroc sera renouvelé à travers l’introduction de la cogénération. « A moyen-terme, une part de plus en plus petite, voire peut-être nulle, des déchets sera enfouie » précise M. Prenant qui conclut, « la mise en place de ce type de projets à partir des déchets ménagers est une première mondiale ». Il s’agira ensuite d’adapter ce modèle, une fois validé, pour d’autres décharges contrôlées de plus petite taille.

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