Le PGPE est un des programmes-phares réalisés dans le cadre de l’action de la GIZ au Maroc. Il se décline en 5 composantes avec lesquelles nous prendrons connaissance à travers une série d’entretiens avec leurs conseillers techniques respectifs.<br /> Nous poursuivons à travers la publication, en deux parties, de l’entretien avec M. Tarik El Edghiri, Conseiller Technique PGPE, en charge de la Composante « Gestion de l’environnement communal – Région Nord » – GIZ

-De quels appuis et partenariats bénéficie la Composante « Gestion de l’environnement communal – Région Nord » ?

La composante relative à l’amélioration de la gestion de l’environnement communal travaille d’une manière ouverte et flexible, avec un grand nombre d’acteurs très hétérogènes. Le système de coopération inclut le ministère de l’Intérieur, le service régional de l’environnement du SEEE, les communes urbaines et rurales de la région, les wilayas, provinces, agences urbaines, agence de bassin du Loukkos ainsi que le tissu associatif de la région, les ONGs, la fondation Mohammed VI et la délégation du ministère de l’Éducation Nationale. Ainsi nos partenaires ont mis à la disposition du PGPE des locaux et assurent la coordination politique et technique.

Les synergies et les interactions développées dans le cadre de la composante sont ainsi assurées par des partenariats avec des bailleurs de fonds nationaux (Agence du Nord, FEC, INDH) et internationaux (BEI, KFW).

-Quels en sont les résultats concrets ?

Du point de vue technique : on est parvenu à mettre en place des outils de suivi et d’amélioration de la gestion déléguée des déchets à Tanger, Tétouan et Martil depuis la collecte jusqu’à la mise en décharge ainsi que la production d’études techniques modèles. A titre d’exemple, l’élaboration d’un schéma directeur régional de GDS de la région, l’élaboration de cahiers de charges modèles de gestion déléguée de propreté, l’élaboration du premier plan directeur provincial des déchets solides au Maroc au profit de la province de Tétouan, l’accompagnement du processus de réhabilitation et planification de fermeture des anciennes décharges de la région (Etude de faisabilité de réhabilitation, Elaboration des plans détaillés et des TDR pour l’appel d’offre, construction de digue, drainage des eaux pluviales, développement des technologies adaptées pour le traitement des lixiviats, récupération du gaz des décharges), planification et recherche d’un site pour des décharges contrôlées, développement d’un concept de monitoring de la gestion déléguée de propreté à Tanger, faisabilité de la valorisation énergétique des déchets organiques par bio-méthanisation, faisabilité de la réalisation des projets MDP et développement de projets potentiels de réduction des gaz à effet de serre à l’échelle régionale.

Au niveau du renforcement des capacités, on a assuré depuis 2002 des séries de formations régionales spécialisées dans la gestion des déchets, nous avons ainsi établi des ateliers de formations et échanges d’expériences au profit de 30 communes et plus de 70 responsables techniques de la GDS au nord du Maroc. Cela constitue une plateforme d’échanges d’expérience entre les responsables techniques communaux. Nos modules de formation commencent à être dupliqués dans d’autres régions du Maroc à travers notre composante du PGPE dédiée à la formation environnementale à l’échelle nationale.

Nous avons en parallèle appuyé le comité régional des EIE par des formations thématiques répondant à leurs besoins dans l’évaluation des dossiers EIE dans la région.

En plus, nous veillons à diffuser les outils et guides développés dans le cadre du projet PGPE de la région du Nord dans d’autres régions du Maroc. A titre d’exemples, on peut citer le guide de Monitoring des prestations de collecte et nettoiement, le guide de Monitoring de la gestion des décharges, le guide du plan directeur de gestion des déchets ménagers et assimilés etc.

Au niveau de la sensibilisation, la composante a réussi à réaliser des actions pionnières au niveau national à l’instar de la fondation d’un centre d’éducation à l’environnement (CEET) en collaboration avec AESVT de Tanger ; cette expérience est multipliée dans d’autres villes au niveau national ; l’appui de la réussite de la première école écologique à Tanger et l’introduction d’un projet éducatif modèle de compostage au sein de cet établissement afin d’être multiplié dans d’autres établissements étatiques et instaurer ainsi l’éducation environnementale et la pertinence du recyclage dans les esprits de nos enfants.

Sur le plan social, notre composante a étudié le secteur informel du tri depuis 2002 et a réalisé plusieurs actions pour encadrer ce secteur. Ainsi, nous avons pu lancer en novembre 2010 un projet dont l’objectif est l’élaboration de mesures pour faciliter l’intégration sociale des chiffonniers de la décharge de Tanger. D’autres communes doivent être convaincues à appliquer ce projet pilote. Dans le cadre de ce projet, nous avons instauré avec le soutien de l’association Aide et secours de Tanger une classe scolaire dans les locaux de la décharge au profit d’une vingtaine d’enfants- chiffonniers. Le projet bénéficie du soutien du programme de l’éducation non formelle du ministère de l’Éducation nationale et cible la réinsertion des enfants déscolarisés de moins de 15 ans en situation précaire dans le système de l’enseignement formel. Nous avons pu également intégrer en collaboration avec l’OFPPT de Tanger 40 jeunes chiffonniers (dont 8 femmes) dans la formation professionnelle dans diverses branches.

-Pensez-vous que le Maroc dispose de la base réglementaire et opérationnelle suffisante pour affronter les défis environnementaux de son développement urbain sans que cela n’affecte sa pérennité ?

En adoptant une stratégie nationale pour la protection de l’environnement, le Maroc confirme son engagement en faveur d’un développement durable responsable et sa détermination à relever les défis environnementaux du troisième millénaire.

Le Maroc a engagé une nouvelle politique environnementale qui est fondée sur le concept de développement durable et entend faire de la protection de l’environnement un facteur clé du développement économique et social du pays.

Face à la forte croissance démographique et urbaine traduisant une urbanisation galopante et anarchique, le Maroc a ouvert plusieurs chantiers en faveur d’une meilleure gestion de l’environnement dont principalement la révision de l’arsenal juridique en matière d’environnement et la mise en place d’une panoplie d’instruments techniques et financiers de soutien à la politique environnementale nationale.

Cette orientation stratégique pour la protection de l’environnement à moyen et long termes comporte un certain nombre de programmes fédérateurs. Ils concernent particulièrement la protection et la gestion durable des ressources en eau, la protection et la gestion durable des ressources en sol, la protection de l’air et la promotion des énergies renouvelables, la protection et la gestion durable des milieux naturels et particulièrement les forêts, les oasis et le littoral, la prévention des catastrophes naturelles et risques technologiques majeurs, l’amélioration de l’environnement urbain et préurbain et la gestion et la communication environnementales. Aussi le Maroc a ratifié les trois conventions issues du processus de la Conférence de Rio et qui portent sur les thèmes des changements climatiques, de la biodiversité et de la lutte contre la désertification.

Afin d’être à la hauteur des ambitions des engagements de la loi 28.00, un Programme National des Déchets Ménagers (PNDM) a été élaboré conjointement par le Ministère de l’Environnement et le Ministère de l’Intérieur pour la mise à niveau du secteur des déchets ménagers au Maroc. Le PNDM a pour but de mettre à niveau la gestion des déchets ménagers à l’horizon 2021. Le coût total du programme avoisine les 40 milliards de dirhams sur une période de 15 années.

Le programme vise essentiellement l’appui aux communes urbaines afin de professionnaliser les services déchets ménagers, améliorer l’accès au service de collecte en portant le pourcentage de la quantité de déchets collectés en milieu urbain à 90% en 2015. Le PNDM ambitionne aussi de rattraper le retard en matière de traitement des déchets en portant la quantité des déchets ménagers mis en décharges contrôlées à 100% d’ici 2020 et le taux de recyclage à 20% à l’horizon 2015.

Le programme comprend également la réhabilitation de plus de 300 décharges existantes en parallèle avec la construction de nouvelles décharges contrôlées ainsi que la sensibilisation et la formation des acteurs concernés par la problématique des déchets ménagers. On a aussi favorisé la prise en compte précoce et systématique des aspects sociaux à tous les niveaux.

Le souci de la protection de l’environnement sera également pris en compte, avec les nouvelles obligations qui devront baliser le chemin devant la charte de l’environnement ainsi que l’amélioration du cadre de vie des citoyens.

Le Maroc garantit le soutien, l’appui et l’encouragement des collectivités locales à travers un soutien technique et financier aux programmes de développement nationaux concernant la gestion des déchets ménagers.

La gestion intégrée des déchets ménagers connait de grands changements positifs et reste pourtant actuellement un défi continu pour les services communaux au Maroc.

Les communes marocaines sont des acteurs clés en matière de protection environnementale. Elles sont responsables de la gestion de services publics ayant un impact majeur sur la qualité de l’environnement et les conditions de vie de la population.

L’avancée juridique et l’application des outils de surveillance environnementale permettront une pérennité des mesures de protection de l’environnement urbain. Ainsi on assiste par exemple à l’application de la loi 12.03 sur la nécessité des études d’impact sur l’environnement, à la création des comités régionaux des EIE qui examinent la recevabilité environnementale des projets sanctionnée par un cahier des charges et aussi à la mise en place récente par le département de l’environnement d’un corps d’inspecteurs d’environnement spécialisés.

Le processus de régionalisation entamé par le Maroc fera des régions marocaines «le fer de lance du développement économique et social, à la fois des campagnes et des villes.

Il s’agit d’un mouvement de retour au local pour agir au plus près des habitants et pour faire de nos villes et nos compagnes de véritables partenaires dans le processus du développement». En améliorant la qualité de Management des communes par une meilleure gouvernance, la politique des villes doit au-delà de la gestion des services cibler plutôt l’amélioration de l’environnement urbain, l’amélioration de la qualité de vie et la favorisation de l’égalité au sein de la ville (sécurité, éducation, emploi).

Tarik El Edghiri
Diplômé Ingénieur en Environnement de l’université de Kassel (1993) et Ingénieur agricole au Maroc (1988), il a pratiqué la recherche et l’enseignement dans le domaine de la gestion des déchets solides. Après l’obtention de son doctorat en Allemagne, il a travaillé comme consultant pendant plusieurs années avant de regagner le Maroc en 2007 comme responsable d’un groupement Maroco-Allemand qui gère la composante environnement urbain de la région du Nord pour le compte de la GIZ.

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