Article publié avec l’autorisation aimable de l’auteur sur le blog Ynim

«Un jour, nous regarderons le XXe siècle et nous nous demanderons pourquoi nous possédions autant de choses»
Bryan Walsh (Time Magazine)

« Crise économique », « surendettement », « surconsommation », « surproduction », « réchauffement climatique », « chômage », « individualisme », « destruction des liens sociaux », « absence de sentiment collectif », « soumission de l’individu aux entités économiques », etc etc etc …….

A voir les infos et s’intéresser à l’état de notre civilisation, il semblerait que les bases des sociétés contemporaines, érigées à la fin de la 2ème Guerre Mondiale, aient atteint leur stade final. Un changement de paradigme et une réinvention de nos modes de vie semblent plus que jamais nécessaires.

Cependant, force est de reconnaître que la marge de manoeuvre est minime, le règne du marché ayant fortement restreint l’individu à ses fonctions de « travailleur » et de « consommateur ».

Et s’il suffisait d’utiliser -ce qui est à priori- notre faiblesse comme principale arme ?
Et si c’était par la consommation que devrait débuter toute forme de militantisme ?
Et si c’était le medium qui permettrait d’avoir le plus d’impact ?

La « Consommation Collaborative », le concept à la mode en 2011 chez les startups et fonds d’investissement de la Silicon Valley, tente d’apporter un début de réponse en donnant plus de pouvoir aux particuliers.

Que signifie ce terme ?
Pourquoi porte-t-il en lui les germes de solutions potentielles à certains des problèmes dont souffrent nos sociétés contemporaines ?

A/ Qu’est-ce que la Consommation Collaborative ?

Ce concept met en avant les nombreux mécanismes qui permettent aux individus de mettre leurs ressources et pouvoirs en commun afin de réaliser des transactions et accéder à divers produits et services.
Si le web a depuis longtemps démocratisé l’achat/vente de produits entre particuliers, il favorise aujourd’hui de nouvelles formes de transactions comme l’achat/vente de services, l’échange (le troc), la location, l’achat direct au producteur, la co-propriété (de vaches par exemple!) ou l’achat groupé.

Au niveau des valeurs, la consommation collaborative encourage l’accès plutot que la propriété, les relations humaines plutot que le marché, les ressources existantes plutot que la production, le partage plutot que l’égoisme.

On a souvent dit que le web redonnait du pouvoir aux consommateurs : personnalisation des produits, évaluation des entreprises/produits/services, recommandation sociale….
Dès lors, on peut voir la consommation collaborative comme le stade ultime de cette évolution, où le consommateur concurrence frontalement l’entreprise en tant que fournisseur d’accès à des produits et services auprès de ses pairs.
Il s’agit également d’un mode d’organisation écologique, dans le sens où la satisfaction d’un besoin ne nécessite pas systématiquement d’enclencher la machine productiviste -> comme on dit, « le produit le plus écologique, c’est celui qui existe déjà ».
Pour les geeks et autres férus d’informatique, nous dirons que ce concept serait une sorte d’application à la sphère marchande des fondements et philosophie propres aux logiciels libres (Cf « 5 similarities between Collaborative Consumption and Open Source Technology »).

B/ La naissance d’un mouvement :

2011 a incontestablement été l’année de la consommation collaborative. Et l’ouvrage « What’s Mine is Yours » est considéré par beaucoup comme la bible du mouvement. Je vous invite à visiter le website officiel de son auteur, Rachel Botsman , et/ou visionner la vidéo ci-dessous : un Ted Talk fort inspirant !

C/ Des exemples concrets :

AirBnb :
C’est la plus grande réussite dans le secteur de la consommation collaborative. AirBnb vous permet de monétiser un espace d’hébergement en transformant votre canapé, chambre d’amis, lit supplémentaire ou appartement en mini-hotel. Un business Model aussi innovant permet d’offrir les expériences les plus extravagantes ! Bien que le système doive encore être perfectionné, il fait déjà trembler l’industrie hotellière.
Airbnb est évaluée à 1 MILLIARD $ et a fait une levée de fonds de 100 Millions $.

Zilock :
Ce site permet de louer à peu près toute sorte de produits auprès de particuliers. Vous pouvez faire des recherches géographiques (votre voisinage par exemple) et même en temps réel (« je veux une console de jeu MAINTENANT! »). Une assurance est mise en place pour protéger le propriétaire de l’objet.
Zilock a fait une levée de fonds de 2M€ et e-loue, son principal concurrent, de 500K€.

D/ Est-ce réellement novateur ?

Collcons_-_tags

L’achat/vente, le troc ou la location entre individus ont de tout temps existé.

Cependant, pour des raisons de commodité (arbitrage risque/opportunité réalisé par notre cerveau), les individus ont préféré la relation unilatérale « consommateur-entreprise » et « achat-vente ».
Si ces systèmes renaissent aujourd’hui, c’est parceque les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) permettent de les optimiser, en maîtriser le degré de risque et, pour la 1ère fois, les organiser à une large échelle.
En permettant de faire émerger un tas d’informations naguère méconnues (qui dispose d’une tondeuse disponible à cet instant précis dans mon voisinage? Pourrais-je gagner de l’argent en louant ma vieille perceuse? Puis-je faire confiance à telle personne en lui louant mon caméscope? Qu’en disent mes amis qui ont traité avec elle?…) et en facilitant leur partage, les NTIC réduisent l’asymétrie d’information qui freinait jusqu’alors la mise en place de tels modes de consommation.

De même, le livre de Rachel Botsman n’a rien inventé : il a comme principal mérite d’avoir anticipé l’ampleur du phénomène avant les autres, donné un nom à cette mouvance, l’avoir « brandé » et « packagé » (nous vivons quand même à l’ère de l’image et la communication…) et étudié les différents enjeux et interrogations qu’elle soulève (avantages, inconvénients, causes, implications, risques inhérents…).

E/ Est-ce une tendance conjoncturelle ?

Tout porte à croire qu’il s’agit d’une tendance lourde qui existera parallèlement aux modes classiques de consommation (« consommateur-entreprise » et « achat-vente »).

Plusieurs facteurs jouent en sa faveur :
– La réussite des startups pionnères et l’engouement des consommateurs pour ces dernières (eBay, Airbnb, Zilock, Vélib, Groupon, GetAround, TaskRabbit, …)
– Le fait que leurs usages se basent sur des plateformes et réseaux sociaux facilitera leur propagation et viralité.
– La crise économique dont l’aspect structurel favorisera l’épanouissement à long terme de cette mouvance. L’exploitation des « actifs dormants » permet déjà à plusieurs personnes en proie à la précarité d’obtenir un complément mensel de revenu.
– Car ce mouvement représente une rupture et porte en lui les germes d’une solution potentielle aux maux de nos sociétés contemporaines.
– Le fort intérêt prêté par les investisseurs institutionnels (condition sine qua none pour réussir aujourd’hui) : ci-dessous, une vidéo de David Lee, responsable de SV Angel, l’un des plus importants fonds d’investissement en nouvelles technologies outre-Atlantique. Il y explique que son fonds se concentrera sur les startups « consumer-focused » et parle de « collaborative consumption ».

-Pourquoi dit-on que la consommation collaborative est un melting-pot de concepts socialiste, communiste, écologiste et capitaliste ?
-Quels facteurs expliquent sa réussite à ce moment précis de notre Histoire ?
-Quelles sont les conditions nécessaires à l’épanouissement de cette tendance ?
-Pourquoi a-t-elle besoin d’un « marché de la réputation » pour être « sustainable » ?
-Quels autres marchés peuvent être réinventés à l’aune de ce concept ?
-Comment forcera-t-elle les entreprises à réinventer leurs business Model ?
-Pourquoi nous forcera-t-elle à repenser notre vision « traditionelle » de l’économie ?
-Un concept pareil est-il adaptable aux pays en voie de développement (PVD) ?

Cette dernière question est de loin la plus intéressante. Car la plupart des études et analyses existantes se limitent aux cadres économique et social des pays occidentaux (USA/Europe).

Le sujet est large et passionnant. Car, au-delà des avantages en termes de gain de pouvoir d’achat, d’impact favorable sur l’environnement, de restreinte bienvenue sur les machines productiviste et consumériste, la consommation collaborative permet de redonner du sens au « vivre-ensemble » et replace les relations humaines au centre de l’économie.

Ce 1er post est une simple présentation du concept dans ses grandes lignes. Si les retours sur ce billet sont positifs, les questions citées ci-dessus seront abordées et les modalités d’adaptation du concept de « consommation collaborative » au contexte des PVD seront analysées plus en profondeur lors de prochains articles.

Retrouvez ici l’article original :
http://ynim.posterous.com/la-consommation-collaborative

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