Jean-Jacques Rosé est chercheur correspondant du Centre Norbert Elias EHESS – CNRS, Marseille (http://centre-norbert-elias.ehess.fr/), Research Affiliate, ESC Rennes School of Business, vice – président de l’ADERSE (Association pour le Développement et la Recherche sur la Responsabilité Sociale de l’entreprise (ADERSE), et membre du European SPES Forum. Consultant, Ancien DG d’Idée-force FCA, et enseignant à Paris IV Sorbonne.

– Est-ce que vous pourriez nous définir votre vision de la responsabilité sociale en entreprise? En-avez des exemples d’applications concrètes en entreprise ?

La force de la RSE est d’avoir échappé à la multiplicité des visions personnelles des intellectuels, des chefs d’entreprises ou des militants d’ONG qui ont construit son histoire. Elle est devenue un concept institutionnel, c’est à dire :
– un outil dans les mains des entreprises mais aussi des forces critiques tant académiques que sociales ;
– Un moyen d’action au service d’un complexe de valeurs auquel les états, dans le cadre de l’ONU, ont donné le nom de Développement Durable.
Heureusement les exemples d’application concrète sont désormais innombrables. On trouve dans les deux ouvrages de recherche publiés par notre association l’analyse critique de cas concrets dans plusieurs pays.

– Vous êtes régulièrement intervenus auprès de décideurs économiques en France. A votre avis, quels sont les principaux éléments de blocage quant à la prise en compte des considérations du développement durable ?

Les facteurs de blocages sont malheureusement aussi nombreux et aussi divers que les forces d’incitation. Dire que la RSE est le moyen de la mise en œuvre du Developpement Durable, ce n’est pas désigner un outil inerte, une forme de politique ou de processus organisationnel standard, prédéfini. Au contraire, la RSE est un mouvement de transformation permanente selon les trois composantes du Developpement Durable (économique, social, environnemental). Ces composantes elles-mêmes sont encadrées par des normes définies avec précision par des lois dans chaque état, des traités entre les états et des textes émanant des organisations internationales comme l’OIT ou le BIT. Ce sont aussi désormais des systèmes de veille comme le GIEC pour la situation et l’avenir de la planète, ou des outils internationaux d’application comme Global Compact, ou encore ISO 26000 : mais déjà à Bangkok, ce sont les inondations qui ont menacé une capitale ! Les concepts que porte la RSE ont un contenu concret.
Retenons un exemple d’actualité : La composante économique du Developpement Durable montre, hélas ! avec éclat comment le reniement des règles éthiques de bon fonctionnement des marchés financiers entraine mécaniquement un enchainement de crises, selon un engrenage inéluctable d’emballements successifs des prix et des taux d’intérêt : subprimes, menaces de faillite du système bancaire, désordres sur les marchés des matières premières, spectre d’un défaut des états sur leurs dettes souveraines, stagnation puis récession des pays « développés ».
Par voie de conséquence, ces « facteurs de blocages » à la RSE qui sont des décisions et des actions contre ses principes, jettent à la rue des citoyens américains, plongent dans la famine les populations du Sud, font tomber les gouvernements à Rome comme à Athènes. Le récit du prix Nobel G. Stiglitz mérite d’être lu, relu et médité : on y voit les forces de blocage à l’œuvre : ne pas accepter de limites à la cupidité c’est provoquer la « chute libre » (Freefall). Il n’est pas de pays au monde, pas de citoyen qui ne soit concerné.
Il faut enfin ajouter des forces blocages quasi universelles :
• Le court-termisme qui est la forme technique de la cupidité ;
• L’inertie du conservatisme sous toutes ses formes : le poids des habitudes de gestion, les rigidités bureaucratiques, la résistance à la remise en cause des cadres conceptuels de perception.

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