Rachid Haouch, architecte-urbaniste et paysagiste dplg tire la sonnette d’alarme.

Contribution en trois parties dédiée à la thématique de Casablanca. Découvrir la suite ici

La ville de Casablanca est-elle un espace de vie et d’espérance ou un creuset de frustration ?

L’exposé en cinq points distincts sur plusieurs plans se place plutôt sur la thématique du creuset de frustration qu’inflige le développement effréné et incontrôlé de Casablanca à ses habitants au quotidien.
Il s’oriente vers les préceptes de l’analyse inventive du renouvellement urbain de Casablanca à l’échelle locale et nationale.

1/ Casablanca est une ville, de naissance contre nature.

Le site de Casablanca est aussi celui du territoire de l’oued Bouskoura, de temps en temps l’oued déborde de son lit et fait des ravages inestimables.
Avec les dernières inondations on comprend très bien le fait dévastateur du fleuve. Le site de Casablanca est inondable car il est posé sur des sources ‘Laayoun’, (AïnSbaa, AïnDiab, AïnBorja, AïnChok, Aïn l’Hermitage, etc.), qu’on a seulement enterrées ou canalisées vers la mer.
Sachant que la nappe phréatique est superficielle, que la ville est bien bétonnée et qu’avec les changements climatiques en vigueur, un simple excédent d’eau de ruissellement en continue peux causer des inondations à tout instant, il faut donc envisager des ralentisseurs comme des toitures végétalisées et des récupérateurs des eaux pluviales pour leur réutilisation au profit de l’arrosage.

Peut-être devrions-nous penser également à l’agriculture urbaine sur les toits, ce qui commence à se mettre en place dans les pays avancés en ces temps de crise économique.La ville de demain doit se passer de la campagne et proposer ses propres besoins alimentaires et de production de tout genre. Malheureusement, les plans d’aménagement en cours d’approbation n’ont pas pris en compte les dimensions environnementales, déjà inscrites dans la loi de l’environnement et le développement durable.

Par ailleurs, le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 est encore dans les mémoires, il a engendré un tsunami qui a pénétré les terres sur 10km de profondeur en détruisant tout sur son passage.Aujourd’hui, une vague de tsunami de seulement 8m emporterait tout sur son passage, jusqu’à l’avenue des FAR, une vague de 30m ira au-delà de l’autoroute. Ce drame fort probable d’après les sismologues ferait des ravages et des victimes sans précédant. La ville n’est pas prête, elle ne possède pas de sites dédiés pour la sécurité de ces citoyens (gymnases, salles couvertes, etc.). La ville ne possède aucun de plan de prévention des risques de tout genre. A titre d’exemple, la zone villa de Ain Sbaa est inondable, elle était classée zone verte dans les vieux plans d’aménagement. Il faut donc déterminer ces zones, leur imposer des pilotis et les classer en équipements. L’eldorado immobilier et son lobby finiront par envoyer certains Casablancais à l’abattoir des aléas climatiques.

2/ Casablanca est une ville, de naissance sécuritaire.

Son plan d’aménagement est le premier au monde, malheureusement son urbanisme est resté un urbanisme d’urgence militaire et sécuritaire.Tous les axes devraient donc converger vers la médina pour mater la rébellion des indigènes.On avait parsemé des casernes militaires autour de la médina et sur les axes structurants vers les routes de la campagne.A part la caserne de 45ha transformée en Parc de la Ligue arabe et qui par ailleurs est dans un état lamentable, réduite aujourd’hui, en peau de chagrin. Les stigmates de ces casernes sont encore là et occupent plus de 600ha.

Ce schéma de principe militaire a obligé, après la décolonisation, à aller chercher ailleurs des terrains pour bâtir de nouveaux quartiers populaires comme AïnSebaa, Hay Mohammedi, EL Barnoussi, etc.C’est ce qui a coûté cher à la collectivité, car, dans une opération d’urbanisme, 45% de la somme allouée porte sur la réalisation des réseaux, mais les casernes sont toujours là, des projets de spéculation immobilière sont en cours de réalisation, et ce sans aucun égard afin de prendre en compte cette injustice spatiale et de compenser par des mesures concrètes des aménagements dans ces quartiers populaires ou, dans un autre registre plus citoyen, de transformer ces casernes en parcs urbains dont ont besoin tous les Casablancais.

L’objectif de Lyautey était bien défini, il s’agissait de créer le département 99 du Maghreb qui allait de Rabat à Tunis en passant par Alger. Mais il a échoué car il a rencontré une résistance farouche des habitants du moyen Atlas et des obstacles physiques liés à l’escalade de la montagne. Ainsi, le rêve Français est resté à l’état delettre morte, ce qui a obligé Lyautey à se rabattre sur l’axe atlantique et à y édifier le Maroc contemporain de Kenitra à Essaouira.

Rachid Haouch

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