Lors de votre intervention vous avez appelé à un changement dans les relations entre les intervenants de la gouvernance mondiale. Comment en voyez-vous la mise en œuvre ?
Le secteur privé, les autorités publiques et la société doivent se rapprocher les uns des autres pour apprendre à se connaître et concerter les points de vue. De nouvelles solutions doivent être trouvées pour les problèmes environnementaux en remettant la Nature au centre des préoccupations.
Chacun des acteurs doit innover dans ses modèles de traitement des problématiques. Le secteur privé même s’il peut donner l’exemple doit bénéficier d’un cadre juridique transparent tandis que les sociétés doivent pouvoir jouer leur rôle de contre-pouvoir. L’esprit de partenariat est nécessaire si nous voulons avancer à la vitesse requise.
Plus les pays émergents avanceront, plus les entreprises prendront des mesures de conservation environnementale du fait de l’adaptation du cadre juridique qui suivra.
Sauver les écosystèmes passe par intégrer leur potentiel et les mettre aux cœurs des débats et stratégies des décideurs afin que l’investissement dans le capital naturel soit attractif dans le cadre de partenariats publics privés.
La crise économique actuelle a eu raison des dispositifs de Finance Carbone. Quelles leçons en tirer pour appuyer la transition vers une croissance propre ?
Le bas niveau du prix de la tonne d’émissions CO2 trouve son origine dans de nombreux facteurs, au delà de la crise économique. La difficulté à voir apparaître un prix d’équilibre du carbone pouvant servir d’étalon est aussi lié à la difficulté d’évaluer la réelle valeur des actifs naturels et de mettre un prix sur la biodiversité.
Une action multilatérale est nécessaire pour réaliser ces objectifs. Davantage de dialogue entre Etats doit être instauré pour trouver des solutions adaptées. Les solutions liées aux marchés du carbone n’ont pas atteint leurs objectifs. C’est pour cela que des expériences bilatérales, à l’instar de celles liant l’Union Européenne et l’Australie doivent être dupliquées sur la base des indicateurs établis lors des négociations internationales
Afin de trouver les bons compromis , les gouvernements ont besoin de davantage d’interactions avec les parties prenantes, entreprises afin de mesurer l’impact de leurs décisions. Ils réalisent la nécessité de compléter les mesures macro-économiques classiques par des données liées à la biodiversité et aux écosystèmes.
La Banque Mondiale travaille avec un éventail de pays, du Botswana aux Philippines afin de mettre en place des procédures de valorisation monétaire du capital naturel afin de le mettre celui-ci au centre de leurs préoccupations économiques. La campagne 50 :50 menée au sommet de Rio a vu la mobilisation de 62 pays et 90 PDG appuyant les principes de la comptabilité environnementale. Les dirigeants d’entreprises mobilisent leurs ressources en faveur d’actions permettant de mieux évaluer leurs actifs, garants de la valeur à long-terme des entreprises.
Quelles place pour les politiques de développement durable dans la gestion des risques?
Les Etats sont demandeurs de solutions et d’initiatives face aux crises qui se multiplient et s’accumulent : alimentaire, énergétique, économique, sécuritaire…
Il est nécessaire de mener des politiques à long-terme de gestion des risques provoquant ces crises. Néanmoins, une chose est de prendre en compte les réalités, une autre est de réagir.
Nous pouvons constater que des actions de conservation de l’environnement ne peut être efficace si elle n’est mue que par des objectifs de conservation en soi.
Les choses évoluent positivement dans la mesure où les gouvernements se rendent progressivement compte que la conservation de leur capital naturel est intrinsèquement lié au développement socio-économique de leur pays. Il n’est pas certain qu’il y ait, toujours, des situations gagnant-gagnant mais des compromis peuvent toujours être trouvés.
Dans les pays en voie de développement, l’engagement des entreprises dans des mesures de conservation de la nature, de responsabilité sociale et de la constitution des capacités à long-terme est de plus en plus important. Il ne s’agit de mesures de promotion de la réputation mais de réelles politiques de gestion des risques opérationnelles, et par la même, de création de valeur.
Concilier les mesures de conservation de la nature avec les réalités économiques et opérationnelles semble raisonnable. Pourquoi ? Tout simplement parce que de nombreuses entreprises dépendent, dans leurs activités, de l’eau propre, de la richessse de la biodiversité, de la prévisibilité météorologique afin de gérer convenablement leurs opérations et accroître leurs profits
Pouvez-vous nous presenter quelques “success-stories” concernant ces nouveaux modèles auxquels vous appelez?
Je vous remercie de cette question et voudrais vous en évoquer trois.
Au Rwanda, un programme exemplaire de préservation des paysages a été mis en place. Pour satisfaire les besoins en eau pour l’agriculture, des barrages collinaires ont été aménagés plutôt que des barrages classiques. Ceci a permis une amélioration des rendements agricoles et préservés les possibilités de revenus liés à l’éco-tourisme, le tout contribuant à l’amélioration du niveau de vie des fermiers.
La deuxième réalisation est peut-être un peu précoce mais il est important de la souligner. Il s’agit des négociations menées par 17 pays pour coordonner leurs politiques climatiques et les actions de leurs différents marchés de crédits d’émissions carbone, même en l’absence de concertation à plus grande échelle.
Le dernier est un programme pilote de développement de la résilience aux changements climatiques en Asie du Sud-Est. Les pays de cette région font des efforts importants pour investir dans la préservation de leur biodiversité car ils y voient un retour sur investissement palpable. La dégradation rapide de certaines mangroves, dans le monde entier, est devenue préoccupante parce qu’elles constituent des stabilisateurs efficaces pour certaines zones côtières fragiles, et parce qu’elles contribuent à la protection des écosystèmes après les cyclones et tsunamis et face aux effets du dérèglement climatique, incluant la montée des océans. Elles constituent un milieu favorable au développement des crevettes, sources de revenus complémentaires. Un triptyque d’activités harmonieuses se met en place pour le bonheur des populations locales : agriculture, pêche et tourisme.


Propos recueillis par notre correspondant à l’occasion du Congrès de l’IUCN

Rachel Kyte, Vice-présidente pour le développement durable
En tant que vice-présidente pour le développement durable, Rachel Kyte dirige les activités de la Banque mondiale en matière d’agriculture, d’environnement, d’énergie, d’infrastructures, d’urbanisme et de développement social, ainsi que ses travaux sur les questions liées aux biens publics mondiaux dans ces domaines. Avant d’occuper ce poste à partir de septembre 2011, elle était vice-présidente des Services de conseil aux entreprises à la Société financière internationale (IFC), où elle s’est attachée à améliorer l’incidence du développement sur les populations les plus pauvres du monde et dans les environnements les plus difficiles, notamment les pays affectés par des conflits. À la tête du département du développement social et environnemental de l’IFC, Rachel Kyte a par ailleurs dirigé les efforts entrepris pour mettre au point de nouvelles normes de performance pour la viabilité et ayant débouché, avec l’adoption des Principes d’Équateur, sur une référence mondiale.
Avant de rejoindre le Groupe de la Banque mondiale, Rachel Kyte a
travaillé pour l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Elle a aussi travaillé au sein de mouvements pour l’environnement, les droits des femmes, les droits humains et la santé, occupé des postes d’élu en Europe et créé et dirigé des ONG. Rachel Kyte a également été conseillère dans plusieurs conseils d’administration d’entreprises, organisations philanthropiques et gouvernements.

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