Cet article résume le rapport adressé en août 2012 à la Convention de Berne par Mohamed Benata, Président de l’ONG ESCO (Espace de Solidarité et de Coopération de l’Oriental).

Dans le cadre de la mise en œuvre du plan de développement touristique marocain « Plan Azur », un complexe immobilier (« projet Fadesa ») est en cours de développement sur la commune de Saïdia. Ce projet est adjacent au site Ramsar de l’embouchure de la Moulouya et suscite des inquiétudes concernant les impacts possibles sur le site des aménagements planifiés. En raison de ces préoccupations, l’Autorité Administrative Ramsar du Maroc a invité le Secrétariat de Ramsar à mener une Mission Consultative Ramsar. Cet article revient sur les constats et les recommandations de cette mission consultative effectuée du 12 au 16 octobre 2010. Le rapport de cette mission peut être consulté sur: http://www.ramsar.org/pdf/ram/RAM71_fr_Maroc_Aug11.pdf. L’ONG ESCO analyse ensuite le degré de réponse du Gouvernement marocain à ces recommandations et met en avant d’autres dysfonctionnements observés suite à la mission consultative.
Le site de l’embouchure de la Moulouya est d’une grande richesse écologique. Cependant, le développement du complexe touristique provoque ou accélère une série d’événements et de comportements conduisant à une régression considérable de la biodiversité. On relève la quasi-absence de dialogue entre les acteurs concernés par la protection de l’environnement et les responsables du complexe touristique. Ainsi, la mission consultative a établi des recommandations pour améliorer la situation et développer des processus de concertation. Ces recommandations peuvent également s’appliquer au développement de projets touristiques similaires à proximité d’autres sites Ramsar.
Au niveau institutionnel, il est recommandé de mettre en place un statut de protection du site, conformément à la loi 22-07 sur les aires protégées et de réviser, actualiser et valider le plan de gestion du site. Une structure chargée de la mise en œuvre et du suivi de la gestion de cette aire protégée, dotée de moyens financiers et institutionnels, et comprenant différents acteurs avec des rôles et responsabilités clairement définies, devrait être nommée. Des mécanismes de concertation avec tous les usagers, passant par la mise en place d’un comité de gestion de l’aire protégée, devrait être mis en œuvre selon le décret d’application de la loi sur les aires protégées. D’autre part, il faudrait négocier avec les complexes touristiques pour la prise de mesures compensatoires aux impacts directs et indirects sur le site Ramsar des constructions réalisées dans le cadre du projet Fadesa. Des études d’impact pour tout projet d’extension doivent également être imposées. D’après ESCO, les réponses du Gouvernement à ces recommandations sont limitées, voire inexistantes. Au niveau de l’Agence Urbaine de Nador, le site est classé comme réserve touristique, mais le SIBE (Site d’Intérêt Biologique et Écologique) n’est pas doté d’un statut de protection. Malgré l’existence de propositions, aucun plan de gestion, ni comité de gestion, ni budget, n’a été adopté à ce jour. Malgré quelques efforts effectués pour la concertation avec les ONG actives dans la zone, le mécanisme de concertation n’est pas établi de façon officielle et certaines ONG sont toujours écartées par les autorités locales ou par les administrations publiques. D’autre part, certains projets attenants à la station balnéaire sont toujours réalisés sans étude préalable d’impacts sur l’environnement. La biodiversité et les écosystèmes du SIBE sont menacés par l’augmentation de la salinité du SIBE, provoquée par le Canal de protection du complexe touristique qui détourne les eaux douces des pluies vers l’oued.
Les recommandations écologiques portent sur la gestion et le traitement de l’eau, la réutilisation des eaux usées traitées, la restauration du cordon dunaire et la mise en œuvre de mesures de conservation et de réhabilitation de la juniperaie (aire de culture de genévriers). La station de traitement des eaux polluées (STEP), n’est pas encore fonctionnelle et aucun plan de réutilisation des eaux usées traitées n’a été adopté. On note également l’absence de réponses pour restaurer l’ancien cordon dunaire érodé à la suite de la construction de la nouvelle digue de la marina et pour réhabiliter la juniperaie. Cette dernière est menacée d’extinction à la suite de l’augmentation de la salinité dans la nappe.
Au niveau de la gestion de la fréquentation des activités humaines, il est recommandé de faciliter l’accès à la plage depuis la ville afin de décongestionner le rivage du site Ramsar et de restaurer et rénover les équipements destinés à canaliser le public sur le site Ramsar. L’organisation de l’accueil sur les parkings pourrait également permettre l’obtention de moyens de financement pour des postes d’éco-gardes chargés d’assurer la surveillance et la propreté du site. Il est également recommandé de mettre en place des actions de sensibilisation de l’environnement pour les touristes et les populations locales. La création d’activités nouvelles génératrices de revenus pour les populations locales, basées sur l’utilisation durable des ressources naturelles, est également recommandée. Finalement, la rocade pourrait être transformée en route verte à vitesse limitée et l’implantation et la taille des panneaux, en particulier ceux de signalisation du site Ramsar, devrait être revue. Les réponses à ces recommandations sont limitées. Les parkings sont devenus une source à problème pour le SIBE : en l’absence du recrutement d’éco-gardes, les véhicules transgressent les limites du parking et piétinent la végétation. En matière de sensibilisation, seule quelques rares actions sont à noter comme l’organisation par la Direction Régionale des eaux et forêts d’une sortie pour la sensibilisation de jeunes scolaires sur l’importance du SIBE et des actions d’associations pour la sensibilisation des touristes. Aucune action n’a été entreprise par les administrations pour la création d’activités durables génératrices de revenus; on notera toutefois le développement d’un projet par le collectif d’association Ecoloman, visant à aider les pêcheurs et développer l’écotourisme.
Les recommandations émises pour la recherche scientifique sur les eaux de surface et l’impact des eaux salées sur le fonctionnement du système, ainsi que sur l’actualisation des données sur la biodiversité n’ont pas encore été prises en compte.
Finalement, des recommandations au niveau national et régional sont émises afin de veiller à la conservation et à la mise en valeur des sites Ramsar au Maroc. Ces recommandations visent également à renforcer les fonctions de l’actuel comité national Ramsar et préconisent la validation d’une stratégie nationale de préservation des zones humides.
ESCO enregistre également des dysfonctionnements plus récents, comme des constructions en béton armée en plein SIBE et des pollutions de la Moulouya causées par le déversement d’eaux usées et de polluants chimiques par l’usine sucrière de la Sucrafor à Zaïo. Le 17 juillet 2011, ces déversements ont provoqué une grave catastrophe écologique entraînant la mort massive des poissons de la Moulouya et du cheptel ovins et bovins des riverains, ainsi que des dégâts sur les cultures irriguées par les eaux de la Moulouya. Malgré les engagements de la Sucrafor et de l’Agence du Bassin Hydraulique pour ne rien déverser dans la Moulouya, de nouveaux déversements ont été effectués le 10 juillet 2012.
Ces observations mettent en avant les différentes pressions exercées sur le SIBE de la Moulouya, causées par un manque de prise en compte des impacts sur l’environnement et un manque de cohérence entre les différents intervenants étatiques. Les actions de protection, de sensibilisation et de gestion du SIBE doivent être renforcées pour garantir la conservation de la biodiversité et des écosystèmes de ce site.

Marion Klein

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